On ne choisit pas d'être itinérant...

La majorité des hommes que nous accueillons traînent derrière eux un passé douloureux fait de violence, de pauvreté, d'abandon. Ce vécu les a entraînés vers une désaffiliation. Pour d'autres, c'est une suite d’événements malheureux (perte d'emploi, divorce, dépression) qui les a fait perdre pied. 

L'itinérance, c'est un ensemble de facteurs propres à chaque personne, mais c'est aussi un choix de société. La pauvreté, le manque de logement sociaux, les difficultés d'accès aux soins de santé et aux services sociaux sont souvent les éléments déclencheurs ou aggravants de la problématique. 

Chose certaine, tous ces hommes sont seuls, sans réseau social ou familial aidant. 

C'est pourquoi il y a la Maison du Père...

Une famille

Un itinérant

Un(e) bénévole

Un(e) employé(e)

Pour connaître leur histoire, cliquez sur un prénom

Représentant, portes et fenêtre
Célibataire

Passionné de sports, de cinéma et de photographie

Jean-Guy,  74 ans

Je suis né à Montréal. Chez nous, on est 3 enfants.

J’ai 74 ans,  et j’ai deux grands enfants : un garçon de 51 ans et une fille de 48 ans. J’ai un secondaire 5, mais je suis plutôt autodidacte. J’ai suivi toutes sortes de petits cours. Je suis quelqu’un de très curieux et j’aime apprendre.  Je suis allé dans tous les musées de Montréal, de Québec, d’Ottawa, et un peu partout. J’aime apprendre tout le temps, j’écoute beaucoup de reportage.

J’ai travaillé toute ma vie. J’étais représentant : je vendais des portes et des fenêtres. J’ai eu quatre maisons, je me suis marié et divorcé 3 fois. J’ai marié une américaine et j’ai demeuré trois ans en Floride. J’ai voyagé un peu partout dans le monde, je suis même allé jusqu’en Afrique.

Je suis aussi un grand sportif, un passionné de cinéma et de lecture. J’aime pas mal tout. J’aime la vie, en fait. Je ne suis pas capable de ne rien faire : il faut toujours que je fasse quelque chose. Il faut que je sorte à tous les jours, pour prendre de l’air, marcher, faire de l’exercice. Je vais m’entraîner encore, malgré mon âge. Je suis alcoolique, mais ça fait 20 ans que je n’ai pas touché à l’alcool. Ce qui m’a amené ici, à la Maison du Père, c’est un accident de parcours, comme plusieurs ici, je pense.

Avant ça, la drogue, je n’avais jamais touché à ça de ma vie. Pour vous donner une idée, j’ai une courte anecdote : dans la cocaïne, il y a des quantités : des quarts, des 11/2, des 31/2, etc. Pour moi, un 31/2, c’était un logement.  J’avais entendu quelqu’un qui parlait d’un 31/2, puis je lui avais dit que j’en avais vu un beau à louer, un peu plus loin. Il a dû me trouver un peu niaiseux. Malheureusement, maintenant, je sais ce que c’est, un 31/2.

À 65 ans, une personne a pris bouffé de freebase (crack) et m’a envoyé sa boucane dans la bouche. C’est comme ça que je suis devenu accro, il y a bientôt neuf ans de ça. Et la drogue, ça colle à la peau...

J’ai commencé à recevoir ma pensions à 65 ans, mais j’ai continué à vendre des portes et des fenêtres jusqu’à l’âge de 71 ans. Donc, même pendant que je consommais, je continuais à travailler. Du moins, autant que possible, parce que ce n’était pas facile. Je transportais tout mon matériel dans mon auto, mes modèles de fenêtres. Des fois j’y allais magané, j’avais consommé et je n’avais pas nécessairement l’allure et l’esprit au travail.  

J’avais un montant assez important d’argent,  dans un coffret de sureté, avant de commencé à consommer, et il y ait passé au complet.  Mes REER aussi… toutes les économies que j’avais sont passées là-dedans. À la caisse populaire, ou j’avais mes avoirs, tous mes comptes et mes assurances,  ils m’ont retiré mon transit, parce que j’ai déposé à quelques reprises des enveloppes vides. Je prenais des affaires dans ma maison, j’allais au magasin mettre ça en gage pour avoir de l’argent.

Vraiment, ça tout changé ma vie ; ça a gâché toute ma vie. Si je n’avais pas développé une dépendance à la drogue, j’aurais continué à voyager. Je voulais faire le tour du monde! J’en ai fait quand même des voyages, parfois deux ou trois par année. Mais avec ça, mes voyages sont tous partie en boucane – et c’est le cas de le dire! Il y a beaucoup de chose que je ne faisais plus, parce que mon cerveau était entièrement concentré là-dessus.

J’ai arrêté de travailler quand je suis arrivé ici, à la Maison du Père. Pourtant, je m’en ennuis.  Je commencerais à travailler si je pouvais.

J’ai fait neuf thérapies en tout, pour essayer de m’en sortir. Je suis arrivé au Refuge à 70 ans, et je l’ai fréquenté durant deux années. Je n’ai jamais couché dehors : je dormais ici, ou à la Mission Bon Accueil.

Ça fait deux ans et demi que j’ai une chambre ici, à la Résidence.  Et encore aujourd’hui, j’ai de la difficulté à me débarrasser de cette cochonnerie-là. Je me tiens occupé beaucoup, ça m’aide. Je n’ai pas eu à me trouver de nouvelles passions ou occupations : ce sont des choses que j’aimais déjà, et que j’avais arrêté  à cause de la drogue. J’ai retrouvé toues mes anciennes passions. Cinéma ; tous les mardis, pour moi, c’est ma sortie. Je vais déjeuner au restaurant, à la Place Dupuis, après j’arrête à la Vidéothèque, et après je vais au cinéma du Quartier Latin. Ça c’est ma sortie à tous les mardis.

Et puis je me dis qu’au moins, je les ai fait ces voyages-là. Ici, je participe aux activités, je m’implique, alors que plusieurs ont de la difficulté à sortir de leur chambre. C’est mauvais pour le cerveau : c’est comme un muscle, il faut l’entretenir. Malgré que je sois parmi les plus vieux ici, je suis un de ceux qui a la meilleur mémoire. Et je suis encore assez en forme pour aller au gym.  J’ai encore une bonne santé. J’ai encore beaucoup de buts, d’objectifs. Je n’ai pas envie de ne rien faire, et d’attendre la mort. Je me sens encore jeune pour mon âge. Il y a beaucoup de chose encore qui m’intéresse.

 
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