Père d'une jeune fille
Facteur

Amateur de chasse, de pêche et de vélo

Sébastien,  47 ans

Je viens d’une famille plutôt dysfonctionnelle. J’ai été agressé sexuellement à l’âge de 12 ans. À partir de ce moment-là, mon chemin a été assez cahoteux.

Avant d’être agressé, j’avais juste fumé un joint, une fois dans ma vie. Durant mon secondaire, de 13 à 17 ans, j’ai consommé à tous les jours. J’ai commencé à avoir des mauvaises fréquentations. Il y avait un gars, entre autres,  qui volait de l’acide à son père. La première fois que j’ai essayé ça, j’étais en secondaire 1. Parfois, on se la mettait dans l’œil… et si on en avait pas, on dénichait des pilules, on les écrasait on se faisait des lignes, pour les sniffer. Je me souviens… ça brûlait, c’était épouvantable.

Dans ma classe, en secondaire 2, on était 15 gars qui contrôlaient l’école au complet. On avait battu des gars de secondaire 4 et 5. On était tellement intenses qu’en secondaire 3, ils nous ont amené visiter le centre pénitencier à sécurité maximale de Laval pour nous faire réaliser les conséquences de nos actes. On vendait de la drogue par la fenêtre, pendant le cours. Quand un jeune voulait quelque chose, on lui disait de se promener devant les fenêtres, on se levait les 15 et on faisait un mur autour de celui qui faisait la transaction. La prof nous disait de nous asseoir, mais on n’écoutait rien. Et puis souvent, on était gelés… il n’y  avait pas grand-chose à faire. Évidemment, j’ai fini par décrocher.

À 17 ans, j’ai commencé à vendre de la drogue. J’ai goûté à la cocaïne, et c’est devenu ma drogue de choix.

Je suis allé à l’école  professionnelle  pour devenir soudeur, mais j’ai fini par décrocher également.  Ensuite, mon père m’a fait entrer à Poste Canada, comme facteur. J’ai fait ce travail-là pendant 23 ans. Je continuais à consommer : je sniffais un gramme et demi, presque à tous les jours. Pour moi, c’était comme une bouteille de vin.

J’ai eu quelques amoureuses, dont la mère de ma fille avec qui je suis resté pendant 3 ans.  On s’est séparé quand ma fille avait 2 ans et demi : après, elle était en garde-partagé. Environ un an après sa naissance, j’ai lâché une bonne partie de mes amis d’enfance, parce que je voulais arrêter de consommer.  J’ai eu peut-être 8 mois d’abstinence. Mais ça n’a pas duré…  J’ai essayé le crack, et j’ai tout perdu. Tout ce que j’avais accumulé durant ma vie… j’ai tout, TOUT fumé. Aujourd’hui, ça fait 7 ans que je n’ai pas vu ma fille.

J’ai fumé plus de 150 000$ en 8 mois. J’avais ma pension du bureau de poste, je travaillais dans une pourvoirie, l’hiver, dans un petit village. Je trouvais le temps  long. Je ne connaissais personne, mais j’ai réussi à avoir le numéro du vendeur de drogues. J’allais au Motel, je prenais du speed, je sniffais de la cocaïne, et l’inévitable s’est produit : j’ai fait une psychose.

C’était la fin de l’automne. Alors que j’étais dans ma chambre, j’ai entendu quelqu’un courir sur le trottoir de bois, défoncer les portes des chambres les unes après les autres et tirer des coups de feu.  Je paniquais. Je me suis dépêché à enfiler des pantalons et sans réfléchir, je me suis mis à courir, nu-pied dans le bois, pour aller chercher de l’aide. Je m’enfargeais dans les branches, je tombais sans arrêt ; je me suis même cassé un doigt. Je n’ai pas eu de réponses aux premières maisons auxquelles j’ai cognées.  J’ai traversé l’autoroute 148 pour me rendre à une autre maison, où on m’a ouvert. J’ai pu téléphoner à la police. Évidemment, ils m’ont envoyé à l’hôpital quand ils se sont rendu compte qu’au Motel, il n’y avait aucun mort, ni aucun tireur.

Durant les deux dernières années avant d’arriver à la Maison du Père, je restais chez ma mère.  Deux ans à vivre sur son divan! Elle était fatiguée de moi. Aujourd’hui je réalise pourquoi, mais à ce moment-là, je ne me voyais pas aller. Je passais des nuits dehors, à pédaler ; à descendre la côte du Mont-Royal.  Sur le chemin du retour, je ramassais des cannettes pour m’acheter de la nourriture. J’arrivais, je prenais une douche, j’allais m’acheter de quoi manger, et je repartais. Je pouvais faire ça pendant 3 ou 4 jours sans m’arrêter. La dernière année, ma situation s’aggravait. Je buvais des fonds de bière, je mangeais des poutines que je trouvais dans les poubelles. Si on m’avait dit qu’un jour je mangerais dans les vidanges, je n’y aurais pas cru! Ma mère a fini par me mettre dehors. Elle m’avertissait souvent, mais je n’y croyais pas.

Ce n’est pas compliqué, moi, j’ai consommé à tous les jours de ma vie. Quand tu as un problème de dépendance, tu n’en as jamais assez. Je consommais 800 à 900$ par jour. Là, je suis sobre depuis le 3 décembre 2016. Je n’ai rien pris du tout. Ça se passe bien jusqu’à maintenant, je n’ai pas envie de consommer, je suis écœuré. Quand je consomme, je suis sur le bord de la mort. Peu importe le temps que tu arrêtes, ce n’est pas long que tu retournes où tu en étais.  Je n’en ai plus envie de ça. Je le sais que la tentation est là, et je ne veux vraiment pas consommer. Je  veux voir ma fille.

 

N'a pas choisi
d'être sans-abri.

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