Célibataire
Plongeur & aide-cuisinier

Aime la méditation et la lecture

Robert, 56 ans

N'a pas choisi
d'être sans-abri.

Je suis né avec la maladie Rachitisme : mes os étaient mous. Mon père est mort quand j’avais 6 ans. C’était un alcoolique. Il ne rentrait jamais à la maison et ma mère devait s’occuper de ses 10 enfants, seule.

À partir de 10 ans, j’ai fait 3 foyers d’accueil différents. Dans le 3e, où j’étais avec mes sœurs, je me faisais battre par la dame. Elle était beaucoup trop sévère et nous punissait pour rien. À chaque fois qu’elle se fâchait, je mettais ça sur mon dos pour leur éviter de manger la volée...

Je voyais une travailleuse sociale, mais je ne lui disais rien. J’avais peur de la madame, c’était épouvantable.

Quand j’ai commencé à la polyvalente,  j’ai rencontré une fille de qui je suis d’abord tombé amoureux. En fin de compte c’est devenue une bonne amie, et je me suis confié à elle. Et à mon professeur. Évidemment, ça n’a pas pris trop de temps avant qu’ils contactent ma travailleuse et me fassent sortir de là. J’y suis resté 3 ans en tout.

Alors dans un nouveau foyer, je me suis inscrit dans une école secondaire professionnelle. Mais ça n’allait pas très fort… Il faut savoir qu’à cause de ma maladie, à la naissance, j’avais une bosse sur le nez et un morceau de chair sur le menton. Les élèves me traitaient de tous les noms et riaient de moi.  Quand j’arrivais chez moi et qu’on me demandait comment s’était passé ma journée, je répondais que tout allait bien. Puis, je montais dans ma chambre pleurer. Même dans mon village, on m’avait surnommé « Tiquetin ». Ça jouait avec mon moral pas mal…

À 17 ans j’ai décidé de me faire opérer, et de partir vivre avec mon frère, ma sœur et mon beau-frère.  Même là, les deux gars me prenaient trop souvent comme souffre-douleur.

J’ai encore déménagé, et je suis allé vivre avec une tante. Elle criait tout le temps après moi, et me prenait tout mon argent. Elle me faisait croire toutes sortes de choses et je finissais par avoir les poches vides. Je m’étais trouvé un travail de plongeur, à Saint-Canut, ça me faisait un peu d’argent de poche… que j’utilisais pour consommer. Je faisais la  rumba  avec mon cousin et j’oubliais un peu les problèmes de ma vie.

Peu de temps après, je suis retourné vivre chez ma mère. J’étais bien avec ma mère : trop bien. Je pouvais faire ce que je voulais. Chez ma mère, je pouvais rentrer complétement saoul, ou bien gelé. Je pouvais passer 2-3 jours, complètement parti… je prenais de la cocaïne, et mon cousin, du crystal.  On avait accès à toutes les drogues possible. J’étais complètement absent.

J’ai déménagé à Saint-Jérôme. Je travaillais en dessous de la table, je retirais de l’aide social et je vendais de la drogue. Malgré tout, je n’avais jamais une cenne. Parce que je consommais.

Je me suis tanné. J’ai décidé de déménager à Montréal : de changer d’air pour arrêter de consommer. Mais j’ai seulement arrêté 2 mois. Je n’étais pas bien en dedans de moi.

J’ai fini par me trouver un bon travail, dans le recyclage : ils m’ont « fortement recommandé » de suivre une thérapie. J’en ai suivi deux. Mais une semaine après, je recommençais. Pourquoi? Je ne la faisais pas pour moi.

En 2004, j’en ai suivi une différente : c’était une thérapie de confrontation. Les intervenants te brassent, te crient après, pendant que tu restes assis, tête basse, humilié. Et si tu as le malheur de désobéir, ils te donnent des corvées toutes plus désagréables les unes que les autres. J’y suis resté 9 mois…

Au lieu de me redonner de la force, cette thérapie-là a encore plus diminué mon estime personnelle. Deux jours après ma sortie, j’étais sur la rumba. À cause de ça, à mon emploi, j’arrivais souvent en retard. J’avais épuisé toutes mes chances. Un soir, j’ai pris une brosse et je ne me suis pas levé le lendemain matin... Honteux et craintif, je n’ai pas voulu appeler... et j’ai lâché le boulot.

J’ai été embauché dans un dépanneur en 2007 : je faisais de l’entreposage et des livraisons. À ce moment-là, j’étais complètement dans la déchéance. Je me levais le matin : je buvais de la bière. J’arrivais à mon travail : je buvais de la bière – en cachette, dans la cave. Je sortais du travail : je buvais de la bière. Puis, j’allais me coucher. Le matin, quand je me levais, je vomissais de la bile et j’avais du sang dans mes selles. Ça a duré 2 mois comme ça. Même si j’étais payé un salaire de crève-faim, je ne voulais pas lâcher ma job : j’avais besoin de cet argent pour consommer.

Le matin du 13 juin je me suis réveillé beaucoup plus faible qu’à l’habitude. À peine arrivé, la caissière a dû téléphoner à une ambulance parce que je ne tenais plus debout. À l’hôpital, on me dit que j’ai des ulcères à l’estomac, des taches sur les poumons, et que mon foie commence à en arracher. Quand le médecin me demande combien de consommation je prends par jour, je lui mens… avant d’avouer que j’en suis au moins à 12. Le médecin me dit que si je continue comme ça, d’ici 1 an et demi ou 2, je vais mourir.  

​Je suis allé en désintoxication à Dollard-Cormier. Ça m’a pris du temps avant de sortir de mon isolement. Après une réponse désolante d’un centre de thérapie, je suis accepté à la Villa de la Paix, à Chertsey. Je l’ai bien aimé, cette thérapie-là. Elle m’a vraiment fait du bien. Ça a été le bon déclic. Parce que cette fois-là, je la faisais pour moi. 

​En terminant ma thérapie à la Villa de la Paix je suis allé à la Maison du Père, le 28 septembre 2016.  J’ai été inscrit pour faire des tâches à la cuisine, pendant quelques semaines. Maintenant, j’ai une chambre à la résidence! Et une belle en plus, avec deux fenêtres! J’ai parlé avec un intervenant, ici, à la maison du Père et j’ai été bien honnête. Je sais que si je retourne en appartement, tout seul, je vais recommencer à consommer. Je suis encore fragile. Tous les bobos physiques et psychologiques que j’avais en dedans de moi, je les gelais en consommant, pour ne pas y faire face. Il m'arrive encore de sentir des envies fortes et soudaines de consommer. Quand ça arrive, je monte dans ma chambre et je médite. 

 
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