Père de deux garçons
Technicien comptable

Aime écouter de la musique et aller à la bibliothèque

Réjean,  59 ans

N'a pas choisi
d'être sans-abri.

J’ai 59 ans. Je suis formé pour être technicien comptable : j’ai toujours travaillé en comptabilité, dans des bureaux de comptable, ou à mon compte. Je suis divorcé depuis 2013, j’ai 2 fils de 32 et 34 ans. J’ai 3 sœurs, 3 frères. Ma mère est encore vivante, elle a 89 ans ; mon père est décédé en 1970. Je suis encore en contact avec toute ma famille.

J’ai des problématiques de jeu pathologique, et un peu de consommation d’alcool. Mais mon problème, depuis maintenant 17 ans, c’est vraiment le jeu.

Je n’ai jamais vraiment vécu dans la rue.  Depuis 2010, j’ai fait plusieurs thérapies à différents endroits : centres d’hébergement, centres pour hommes en difficulté, maisons de crise, maisons de chambres, hôpitaux, etc. Et entre ça, j’ai aussi dormi chez des amis. Donc, je suis sans domicile fixe depuis à peu près 6 ans.

C’est assez difficile ne pas avoir de domicile fixe. En se déplaçant tout le temps, on perd notre sens de l’appartenance. Le fait d’avoir des problèmes au travail ou de perdre un emploi; le fait que des amis coupent les ponts à cause de mon problème de jeu ou de consommation, ça joue aussi au niveau de l’estime de soi. Même si je demeurais chez quelqu’un, ou dans un centre de thérapie ou d’hébergement, à un moment donné j’étais obligé de quitter. Je peux donc dire que ça nous rend fragile, vulnérable au niveau de la sécurité. Sortir d’une thérapie, ou d’un hôpital et n’avoir aucun endroit où aller, ce n’est vraiment pas plaisant.

Quand on dépense la majorité de ses revenus en jeu ou en consommation, il en reste moins pour l’essentiel. Il m’est arrivé de manger une fois par jour, ou une fois aux deux jours… et j’achetais plutôt ce qui était moins cher, et donc moins bon pour ma santé.

Si je suis arrivé à la Maison du Père, c’est que je n’avais plus aucune ressource. J’avais fait plusieurs thérapies déjà et ça ne me semblait plus être la bonne solution. Une thérapie, ça a une durée limitée et lorsqu’elle est terminée, il faut quitter : il faut donc trouver un endroit où aller. Des maisons de réinsertion, il n’y en a pas beaucoup au Québec et je ne savais plus où aller.

 

Quand on m’a parlé de la Maison du Père, j’avais quelques préjugés, entres autres parce que je ne connaissais que le Refuge. Je ne savais pas qu’on y faisait également de la réinsertion. Avant de me décider, j’ai discuté avec une intervenante qui a pris le temps de m’expliquer le fonctionnement du programme.

Ça m’a finalement paru très intéressant. Tout est bien structuré, le personnel est compétent et toujours prêt à aider, et plusieurs activités sont offertes. 


Je demeure ici depuis deux mois et demi. Par rapport à l’abstinence, du jeu et de la consommation, il m’arrive encore de trouver certaines périodes difficiles. Je vis avec le syndrome de Gilles de la Tourette, et donc, j’ai des troubles obsessionnels compulsifs. Ça peut rendre certaines épreuves plus pénibles à surmonter. J’ai eu quelques rechutes depuis que je suis ici, mais au moins maintenant, je suis capable d’en parler.

Je me sens bien à la Maison, je me sens respecté. Je ne me sens pas jugé. En ce moment, ce dont j’ai le plus besoin, c’est d’encadrement pour éviter les rechutes. J’ai besoin de soutien, et de temps pour me remettre en forme, me remettre en place pour retourner travailler. D’ailleurs, la Maison du Père a beaucoup de ressources au niveau de l’emploi. Je regarde l’avenir avec optimisme. Je participe à de nombreuses activités comme le billard, le bowling, les sorties au Grands Explorateurs, au Imax, etc. En plus, ici, on mange bien! Tout ça m’aide beaucoup.

Le chemin n’a pas été facile. Ce n’est pas encore facile. Ça fait longtemps que j’ai des problèmes de santé mentale, qui m’ont amené à tomber dans la consommation. Ça a été difficile parce qu’il y a eu des liens avec des amis qui ont été brisés. Au niveau de ma famille, il y a eu beaucoup de tristesse, beaucoup de déception… quand on tombe dans la consommation, on devient manipulateur, menteur, on peut même commettre des méfaits au niveau de la justice pour pouvoir arriver à nos fins. Ça terni beaucoup l’image qu’on a de nous-même, ça provoque beaucoup de culpabilité, et de honte : beaucoup de douleur intérieure, de souffrance, d’anxiété. Et puis à cause de la manière de vivre, de ce qui est fait aux gens qui t’entoure, tu te retrouves seul.  Et le cercle vicieux fait que tu n’as plus envie de voir personne… Ce n’est pas facile, mais je ne suis pas pessimiste face à ça.

Ce que je souhaite d’abord, pour l’avenir, c’est l’hébergement. Ensuite, je voudrais me retrouver un emploi. Évidemment, je veux aussi prendre soin de ma santé. Et puis après, j’espère retrouver les activités que j’aimais, et que je pratiquais avant de tomber. Je crois que c’est un cheminement réalisable. Il faut y mettre des efforts, être conscient de nos faiblesses et avec l’encadrement, les intervenants d’ici, c’est vraiment positif.

 
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