Célibataire
Menuisier, Construction

Amateur de lecture et de musique

Michel,  61 ans

N'a pas choisi
d'être sans-abri.

J’ai un secondaire 5, et un certificat d’études collégiales en électronique. J’ai travaillé 20 ans dans la construction, comme menuisier, et j’ai travaillé l’équivalent de 13 ans et demi dans le système de santé, en tant qu’ouvrier d’entretien général.

Je n’ai jamais été marié et je n’ai pas d’enfant. Toutefois, j’ai 6 sœurs et trois frères, avec qui je suis toujours en contact.  Mon père est encore vivant : il a 94 ans.

Mes principaux loisirs sont la lecture, à la bibliothèque entre autres, et écouter de la musique.


J’ai l’intention de recommencer à pratiquer des sports ce printemps, mais je dois être vigilent : je fais de l’arythmie cardiaque. Il m’arrive parfois de marcher, simplement, et d’être vraiment essoufflé. Je dois en faire, mais je vais commencer très tranquillement.

En 1982, alors que j’étais en état d’ébriété,  j’ai frappé une piétonne avec ma voiture et je l’ai tué. Son image, je ne l’oublierai jamais. J’ai tout le film, dans ma tête. Je l’aurai toujours. Du moment où je la vois, jusqu’au moment où elle passe par-dessus l’auto. J’ai tout ça, au millième de seconde près. Quand on m’a expliqué de quoi exactement elle était morte, j’ai refait mon trajet dans ma tête, et je sais le moment précis où elle meurt. Elle n’a pas souffert longtemps. Elle s’est cassé la colonne vertébrale à la hauteur du cervelet… ça, c’est la mort instantanée.

Disons que… je n’aime pas vraiment parlé de ça. Ça m’a affecté toute ma vie, et ça va m’affecté toute ma vie.

Après mon accident, ça a été le début d’un long et noir chemin. Je me suis enfermé 3 mois dans ma chambre, chez mes parents, sans sortir. Ils ont essayé de me faire voir un psychologue, mais je ne voulais rien savoir. J’ai fait une très longue dépression.  Quand je sortais de chez moi, je ne parlais jamais de mon accident. Les autres m’en parlaient, mais je leur répondais que ce n’était pas de leur affaire. Tout ce que je voulais, c’est pouvoir oublier. Je voulais me changer les idées. Mais ça a toujours été, et c’est encore très difficile.

Ce qui m’a conduit dans la rue, c’est la drogue. L’alcool et les drogues.

Je suis venu ici pour la première fois en 1988. Je ne me souviens pas trop comment j’ai entendu parler de la Maison du Père la première fois.

Des policiers m’avaient amené dans un autre organisme.  Les gens qui fréquentaient ce refuge-là m’avaient dit que si je voulais une meilleure place, je devais aller à la Maison du Père.  Ils avaient raison, parce qu’effectivement, c’est complètement différent.  Je n’ai jamais voulu dormir dehors.  Alors quand je me retrouvais sans toit, je venais ici à tous les jours.  J’y suis retourné en 2010.

 

Je suis aussi allé à la Maison Jean-Lapointe, en 2011, pour une désintoxication d’alcool et des drogues dures. J’étais un gros buveur de cognac. Malgré tout, je me félicite, parce que je n’ai pas repris d’alcool et de drogues dures depuis ce temps-là. Ça a fait 6 ans la semaine passée, le 11 février 2017.

Cette année, je suis resté environ 1 an au Refuge.  J’ai choisi de faire des tâches : ça me permettait d’avoir un lit réservé, et je n’avais pas le temps de faire des folies. L’alcool et la cocaïne, c’est un combat de tous les jours. Même si je n’y pense pas, ça va rester un combat tout au long de ma vie. Mais je ne suis pas prêt à tomber tout de suite. Je n’ai pas l’intention de tomber non plus.

À la Maison du Père, j’ai un sentiment de sécurité. J’ai des problèmes de coeur et j’ai fait un infarctus en 2009. C’est rassurant pour moi de savoir qu’il y a des infirmiers et des intervenants présents 24h sur 24. Et puis au moins, avec les intervenants, quand j’ai envie de jaser de choses sérieuses, ils sont toujours présents pour écouter et échanger.

Je suis rendu à un point dans ma vie où l’avenir, je n’y pense pas trop. J’essaye d’être bien dans ma peau aujourd’hui. J’essaye de ne pas vivre dans le passé, sans l’oublier, pour ne pas faire les mêmes erreurs. J’essaye de vivre au moment présent.

Quand j’étais au Refuge, j’ai profité tout l’été de l’activité qui nous était offerte : j’ai joué à la balle-molle! Je suis à la résidence depuis deux semaines. Pour l’instant ça va être ça. J’ai l’intention de participer aux activités; peut-être apprendre comment me débrouiller avec un ordinateur. Je veux prendre le temps de régler certaines choses, tranquillement pas vite.  Éventuellement, j’aimerais retourner dans mon patelin, mais je ne suis pas prêt tout de suite. J’ai beaucoup de temps, et beaucoup de sommeil à reprendre. Au moins, je sais que je m’en vais dans la bonne direction.

 
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