Il était une fois...

 

Marié
Intervenant psychosocial

Amateur de pêche

Hervé,  73 ans

Dans mon adolescence et alors que j’étais jeune adulte, j’étais plutôt tannant. J’en ai fait, des mauvais coups. Ce n’est pas pour rien que je suis allé en prison.  J’ai commis des méfaits, je me suis fait arrêter, et c’est bien correct comme ça.  

Je consommais de l’alcool, de la drogue, des médicaments.  Je m’injectais des drogues aussi. Tout ce qu’il y avait sur le marché, je l’essayais. J’étais assez coma.  L’hiver, je couchais sur des bouches de chaleur. Celle de la Place Dupuis : c’était mon chez nous.

À un moment donné, je n’étais plus capable.  J’étais battu ; réellement battu.

Je suis venu ici un soir, et j’ai été accueilli. J’étais déjà venu quelques fois, comme ça, auparavant. Mais cette fois-là, c’était différent. Le lendemain matin,  ils m’ont proposé d’aller à la ferme de la Maison du Père, à Disraeli. Je ne savais pas trop où je m’en allais, j’étais assez perdu. Mais j’avais tout essayé, et rien n’avait fonctionné, alors j’étais prêt.  

Il y a quelque chose qui s’est passé là-bas. J’ai accroché sur les meetings d’Alcooliques Anonymes. Dans le temps, tu marquais ton nom au tableau si tu voulais aller faire du meeting le soir. Ça me parlait vraiment : j’étais sensible au mode de vie qu’ils me proposaient.

À la ferme, ils m’ont aidé à comprendre d’où venait cette colère, ce ressentiment que je vivais. Ils m’ont fait comprendre que ça venait de mon père. Les intervenants m’ont donné une masse, et ils m’ont fait travailler sur  les clôtures à vache, pour faire sortir le méchant. La tête à mon père, elle est apparue souvent sur le billot. Et ça faisait du bien.

Je ne sais pas exactement combien de temps je suis resté à la ferme. Je sais que pour moi, ils ont fait une exception. Comme j’étais pas mal coma, ils m’ont permis de rester quelques semaines de plus : peut-être 5 ou 7 semaines.

À mon retour en ville, je n’ai pas lâché le morceau : je suivais ma thérapie durant la journée et le soir, j’allais faire du meeting. Je n’avais donc pas le temps de trop penser à consommer. Lors de ma dernière journée de thérapie, je n’ai pas fait d’exception, heureusement. Ce soir-là, les gars ont décidé de partir sur le party, avec des bouteilles de fort.  C’est une soirée qu’ils ont regretté. J’ai été chanceux. J’ai fait ce que j’avais à faire, et j’ai été protégé.

En quittant la Maison du Père, je me suis installé sur la rue Beaudry, dans le même coin que plusieurs gars que je connaissais. Mais ça n’était pas une bonne idée : pour arrêter de consommer, malheureusement, il faut parfois s’éloigner de certains amis. Ils ne sont pas méchants, mais comme ils boivent, ça peut devenir tentant.  Alors j’ai déménagé dans le nord de la ville.

Avec le soutien du frère Roger, qui m’avait beaucoup aidé à la Maison du Père, j’ai travaillé à la Piaule pendant deux ans. C’est un organisme sur Saint-Laurent qui aidait les prostitués, travestis et transsexuels. J’étais gêné, timide : je me demandais comment j’allais faire pour aider les autres.  Il m’a dit que c’était parfait : « Ferme ta gueule et écoute. Ce n’est pas des réponses qu’ils veulent, c’est parler d’eux. »

Un peu après, c’est la sœur Georgette, que j’avais également connue à la Maison du Père, qui m’avait contacté. Elle m’a amené travailler avec les jeunes de 18 à 30 ans. Je m’occupais de faire le suivi avec les jeunes qui étaient à Portage, et qui s’en allaient au Lac Écho, ou ceux qui revenaient de Mélaric. J’ai aussi travaillé à la Maison du Père : j’ai été chargé des thérapies pendant quelques années.

Aujourd’hui, ça fait 20 ans que je travaille à Old Brewery Mission. J’ai été superviseur pendant 17 ans mais, pour des raisons personnelles, j’ai choisi de prendre un poste d’intervenant. Je suis avec les gars, sur le terrain, 40 heures par semaine. C’est moi qui suis à la porte. J’ai du plaisir avec les gars, j’aime ça. J’ai vécu la même affaire qu’eux. De l’amour, j’en reçois plus que j’en donne : je me fais payer la traite au bout avec eux-autres.

Aujourd’hui, je m’arrange bien. J’habite à Montréal l’hiver et j’ai ma maison en campagne l’été. Ça fait 23 ans que je suis avec la même femme – une sainte-femme !

Et au mois d’avril 2017, je reçois mon gâteau de 35 ans d’abstinence.


Ça fait du bien de donner au suivant. C’est pour ça que je n’ai pas recommencé mes mauvaises habitudes. Pas avoir donné, je serais retourné d’où je viens… 

 

N'a pas choisi
d'être sans-abri.

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