Statistiques

Depuis les études menées en 1998-1999 par l’institut de la statistique du Québec, peu de données ont été colligées pour mesurer la situation de l’itinérance à Montréal.

Toutefois, selon nos observations, ce phénomène est loin de s’être résorbé depuis la dernière décennie et il touche une population de plus en plus jeune.

Voici donc, quelques statistiques sur le phénomène de l’itinérance que nous avons extraites de diverses études gouvernementales ou universitaires.

Qu’est-ce que l’itinérance?

Dans son rapport déposé en 1987, le comité des sans-abri de la ville de Montréal définissait l’itinérance de la façon suivante : « Une personne itinérante est celle qui n’a pas d’adresse fixe, de logement stable, sécuritaire et salubre pour le jour à venir, a un très faible revenu, une accessibilité discriminatoire à son égard de la part des services, a des problèmes de santé physique, de santé mentale, de toxicomanie, de violence familiale et/ou de désorganisation sociale et est dépourvue de groupe d’appartenance stable. » (Recto Verso, 2000)

Quelles sont les causes de l’itinérance?

Les causes de l’itinérance sont diverses : problème de santé mentale, dépendance aux drogues, à l’alcool ou au jeu, rupture familiale, perte d’emploi, etc.   La majorité des personnes itinérantes ont des problématiques multiples. 

De nombreux facteurs sociaux, économiques et politiques ont également accentué cette problématique au cours des vingt-cinq dernières années.  Parmi les plus influents on retrouve :
 

- La mutation du marché du travail : le nombre d’emplois axés sur le savoir ne cesse d’augmenter. De plus, le pourcentage d’emplois précaires et/ou à temps partiels est de plus en plus important. Cette mutation du marché du travail a accentué le phénomène de la pauvreté pour une large proportion de la population. Plusieurs d’entre eux ne sont pas en mesure de trouver ou de conserver un emploi convenable.

- La désinstitutionalisation : la réforme des services de santé mentale au Québec a entraîné la fermeture de plusieurs lits dans les hôpitaux psychiatriques. Laissés à eux-mêmes, bon nombre de personnes souffrant de troubles mentaux sévères et persistants se sont retrouvés à la rue, faute de ressources suffisantes et/ou d’un suivi adéquat. 

- Crise du logement : le manque de logements locatifs accessibles aux personnes à faible revenu est un élément central de la problématique de l’itinérance. Les politiques gouvernementales en la matière ont largement contribué au problème. « Par exemple, le gouvernement fédéral, vers la fin des années 80, a cessé de subventionner les logements sociaux, c’est-à-dire les logements à prix abordables ». Cela a eu pour conséquence une pénurie de ces logements et à long terme, plusieurs personnes se sont retrouvées à la rue. » (Campeau, 2000)

- Problèmes de santé reliés aux drogues : les problèmes de toxicomanie ne sont pas un phénomène nouveau. Toutefois, les substances et les modes de consommation sont de plus en plus dangereux. Au-delà de la question de la dépendance, ce phénomène a entraîné une plus grande vulnérabilité chez ces consommateurs puisqu’ils doivent souvent faire face à de graves problèmes de santé tels que le VIH/SIDA et hépatites.

Transformation du profil de l’itinérance

En considérant le nombre de demandes dans les services d’urgence sociale, il ne fait aucun doute que le phénomène de l’itinérance a pris une ampleur considérable depuis les années quatre-vingts. Le profil des personnes itinérantes s’est également diversifié :

- Aujourd’hui, beaucoup plus de jeunes vivent dans la rue, dont plus de mineurs, que dans les dernières années 1.

- Bien qu’elles soient moins visibles, le nombre de femmes itinérantes est de plus en plus important. La violence physique et sexuelle envers elles est un facteur déterminant pour mener celles-ci à la rue. La pauvreté est également un facteur de risque majeur.

- Davantage de personnes itinérantes appartiennent à diverses communautés culturelles 2.

- La géographie de l’itinérance est un autre élément de transformation. L’itinérance n’est plus strictement lié au centre-ville de Montréal ou de Québec. En effet, des quartiers périphériques connaissent maintenant des personnes qui vivent ces difficultés tout comme les villes moyennes du Québec.

Quelques statistiques…

- En 1998, à Montréal, on comptait 28 214 usagers des ressources de la ville pour personnes itinérantes, et à Québec, ce chiffre se situait à 11 295. À Montréal, 8 253 de ces personnes se trouvaient sans domicile fixe 3 et 3 549 l’étaient à Québec 4.

- Près de trois personnes itinérantes sur quatre (72,4%) sont des hommes. Pour Montréal, cette proportion est de 67,2 %. La majorité d’entre eux (36 %) sont âgés entre 30 et 44 ans 5.

- Selon le dernier recensement des sans-abris dans la ville de Québec de 1998, 38 % des sans abris avait moins de 30 ans et 12 % moins de 18 ans 1.

- 16,4 % de la clientèle des missions et de refuges de Montréal souffre de schizophrénie. Les 30 à 44 ans sont les plus affectés de troubles mentaux sévères et les trois quarts de ces derniers souffrent également de troubles reliés à la consommation de substances toxiques.  Le tiers (32 %) de l’ensemble de la clientèle a un double diagnostic de troubles mentaux et de toxicomanie 7.

- 72,9 % des femmes ont une source de revenu, pour 60,2 % des hommes.  La principale source de revenu pour l’ensemble des personnes est la sécurité sociale 78,5 %

- Environ 4 000 à 5 000 jeunes par année ont recours aux services pour jeunes de la rue.  35 % d’entre eux ont été abusés sexuellement, 20 % ont déjà pratiqué la prostitution pour survivre; 65 % ont déjà eu des idées suicidaires. Près de la moitié de ces jeunes disent avoir été dans un centre de réadaptation, 37 % dans une famille d’accueil et 73 % ont déjà reçu les services d’un travailleur social 8.

- Les jeunes de la rue âgés de 14 à 25 ans ont un taux de mortalité 13 fois plus élevé que celui des autres jeunes du même âge;

- En 2001, on estimait que sur l’ensemble des personnes détenues dans les prisons du Québec, 33 % d’entre elles étaient prestataires de l’aide sociale, 13,8% affirmaient ne pas avoir de domicile fixe et 5 % se considéraient sans-abri 9.
 

1 Murphy, 2000
2 Laberge, Cousineau, Morin et Roy, 1995
3 Enquête de Santé Québec, 1998
4 Fournier et al. 1998
5 Enquête…, Fournier, 1998
6Fournier et al. 1998
7 Enquête…, Fournier, 1998
8 Solidaires face à l’itinérance
9 Portrait de la clientèle correctionnelle du Québec, Ministère de la Sécurité publique, 2001