Mot de la directrice générale

La Maison du Père a accompli au fil des ans un travail colossal auprès d’hommes aux prises avec des difficultés de toutes sortes. Et si sa mission n’a pas changé, c’est-à-dire aider ces hommes à sortir de la rue et à se reprendre en mains. Toutefois,  les défis qu’elle rencontre se multiplient.

On estime  qu’il y aurait  30 000 sans-abri dans la métropole, des hommes en détresse qui se retrouvent sans toit. Bon nombre d’entre eux présentent des problématiques multiples: problèmes de santé mentale, de dépendances au jeu, à l’alcool, ou aux drogues, ce qui rend notre travail auprès d’eux de plus en plus complexe. Notre équipe  de 80 employés s’emploie à trouver les approches nécessaires à leur mieux-être, à leur retour à une vie plus normale, avec patience et persévérance. Nous nous entourons de professionnels qui nous aident à établir les meilleures pratiques et qui nous guident devant les nouvelles problématiques auxquelles nous devons faire face.

On demande beaucoup à ces hommes qui se retrouvent démunis, tant au plan matériel qu’affectif. Leurs réseaux personnels sont souvent en déroute, et leurs ressources intérieures à rebâtir. Il faut leur réapprendre une discipline de vie de base, en commençant par l’hygiène. Difficile de rebâtir l’estime de soi quand on s’est retrouvé à la rue. Nos équipes savent comment s’y prendre, même si  la route est ardue. Mais il leur faudrait parfois des outils plus spécialisés, des accès plus rapides aux soins de santé spécialisés, par exemple. S’il n’est pas facile pour le commun des mortels d’accéder aux soins de santé au Québec, imaginez ce qu’il en est  pour les hommes de la rue. C’est donc à nous de voir au respect des droits de ces hommes.

Nous recevons de l’aide gouvernementale, ce qui nous aide beaucoup pour assurer l’hébergement d’urgence. Nous recevons aussi en biens et services un soutien important mais il est tout de même aléatoire, et nous avons appris l’art de vivre avec l’inattendu et l’inespéré. Il faut avoir des nerfs solides quand l’urgence frappe continuellement à notre porte.

Ce sont les dons publics qui viennent soutenir nos programmes de réinsertion et d’accompagnement, là où l’on peut vraiment commencer à rebâtir des vies jusque-là en déroute. Sans le soutien des dons publics, nous ne pourrions qu’aller à l’essentiel, déjà une lourde tâche en soi. Ces programmes permettent l’espoir d’une reprise, d’une réorganisation, d’un nouveau départ.

Nous continuons de nous impliquer davantage sur le plan de la prévention. Prendre les ‘’drop-out de la vie’’ dès le début, les rattraper avant qu’ils n’aillent trop loin dans leur désorganisation. Notre mission prend alors tout son sens : La Maison du Père, plus qu’un abri, une porte de sortie. Nos efforts de financement vont donc en ce sens.

À tous ceux qui sont à tout le moins perplexes face à la cause des itinérants, je lance une invitation à visiter la Maison du Père. Vous serez agréablement surpris du travail qu’il s’y fait. Je vous parie qu’à maintes occasions, vous ne saurez pas faire la différence entre nos résidants, nos bénévoles et nos intervenants. Il faut croire que nous avons le sens de la dignité à la Maison du Père.

France Desjardins
Directrice générale